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Retour sur les Utopiales 2022, et la lassitude des mauvaises conférences

De retour chez moi après ma première édition des Utopiales, je prends le temps de vider le cerveau en jouant intensivement en boucle à Age of Mythology entre deux prises de notes pour écrire cet article. Je me dis qu’en plus de partager avec le monde, ça me fera un petit souvenir.

Si je n’étais pas aussi ours et déjà surchargé‧e de choses à voir et à écouter, j’aurais pu dire bonjour aux gens, mais ça a souvent été rapide et en coup de vent, et j’ai surtout fait la meute avec les amixs du coin, et grâce à qui ça a vraiment été un très bon séjour et une très bonne première édition des Utos. Les inscriptions pour la soirée jeux ont été prises d’assaut et nous n’avons pas pu nous rendre à la Murder Party, tant pis, nous avons joué à Azul au salon avec du thé, et joué à La Sorcière est morte (où vous serez absolument ravi‧e‧s de savoir que j’ai pu jouer une chouette qui parle aux humains, et c’est aussi flippant que chouette).

Maintenant, attaquons les Utopiales proprement dites. Pour les gens pas du milieu ou pas trop au courant, c’est un très grand festival autour de la science-fiction, avec des invité‧é‧s, des conférences, des tables-rondes, des ateliers, une librairie, des dédicaces, des sandwichs, des films, des courts-métrages, quelques boutiques de créataires. Je suis allé‧e à presque toutes les conférences que je voulais voir, ce qui est plutôt un exploit !

Les conférences

J’aurais du mal à résumer toutes ces conférences, mais je voulais revenir sur certaines auxquelles je suis allé‧e (prenez des intervenants qui savent ce que iels racontent, et des gens qui ont un peu taté le sujet personnellement ça serait cool aussi parce que là au mieux ça pouvait être un peu chiant, au pire c’était carrément odieux).

Je vais commencer par celles qui étaient très cools, que ce soit dans l’ambiance, les propos, avec de très chouettes intervenant‧e‧s, comme les deux conférences sur le sexe en SF, ou encore Être ou ne pas être, qui s’est bricolée comme les intervenant‧e‧s ont pu et pourtant qui était de grande qualité. De très bons souvenirs aussi de l’esthétique de la science-fiction (franchement, Zeph, ça se voit que tu vas aux conférences de Saul Pandelakis, mais bon écoutez c’est pas ma faute s’il fait en sorte de rester intéressant, et dans le sujet, et respectueux. Je vous rassure, il y a d’autres intervenant‧e‧s chouettes !). Après m’être rappelé qu’il ne fallait pas choisir les conférences par le sujet mais par les gens qui en parlent, ça a été mieux, mais c’est tout de même un sacré problème : les intervenant‧e‧s ont été propulsé‧e‧s, parfois à peine une poignée de semaines à l’avance, sur un sujet donné, et ça se fait douloureusement sentir.

Toutes les conférences n’ont pas eu des intervenant‧e‧s aussi intéressant‧e‧s, voire carrément n’ont pas eu des intervenants très respectueux du sujet ou de leur audience. Je viens aux Utopiales pour apprendre des choses, passer des moments, et parler de science-fiction (avec de la justice sociale dedans, parce que ça fait partie de la vie, et que la vie fait partie de la SF). Mais qu’a-t-on à apprendre de gens qui ne connaissent pas leur sujet ? Qu’a-t-on à apprendre de gens qui prennent la place de gens qui auraient tant à dire ? J’en ai assez de m’énerver, et je crois qu’à la fin de la journée, ce que je regrette le plus, c’est les conférences que nous n’avons pas eues. Celles qui poussent la réflexion plus loin, plus haut, celles qui font déborder la science-fiction, qui remuent et élèvent. Le plus grand gâchis pour moi ce n’est pas tant ces incompétents désastreux que toutes les voix que l’on entend pas, qui sont silenciées et étouffées. Il y a dans ce monde un silence assourdissant, le vide laissé par ces paroles dont on a aura jamais conscience, les sujets qui ne seront pas abordés, les découvertes qui ne seront pas faites.

Humain, plus qu’humain, et Psychophobia

Pour reprendre Saul Pandelakis dans la conférence Être ou ne pas être, qui a fini par porter sur le transhumanisme (en remplacement bienvenu de Humain, plus qu’humain) « est ce que le transhumanisme ne camoufle pas le fait que tous les humains n’ont déjà pas accès au minimum de l’humanité ? » (on le voit avec la blanchité des intervenant‧e‧s, les accès parfois aléatoires, la LSF qui est présente mais encore pas partout, de même que les casques audios). Et dans la conférence Humain, plus qu’humain, c’est finalement ce qui s’est passé, où les personnes handicapées (entre autres) ont été traitées en « humains, moins qu’humains » : sujets sans voix (pas d’intervenant‧e ouvertement handi/ ou encore moins handi militant‧e), sujets de ridicule et de dégoût : une femme devenue sourde est citée en introduction sur son récit de la pose d’un implant cochléaire, et de l’adaptation difficile qui en suit (phénomène bien plus courant que ne laissent à penser les vidéo d’inspiration porn qui montre des « premières » écoutes ébahissantes et touchantes). La réponse d’un des intervenants ? C’était son choix, elle n’a pas à se plaindre que ça soit difficile, et si l’implant marche mal, elle n’avait qu’à prendre une meilleure mutuelle. Et c’est ainsi pendant une heure, qu’il parle des personnes qui ont « sombré dans leur handicap », et de comment « personne n’a envie de voir quelqu’un qui boîte », ou de comment des implants d’empathie nous aiderait à avoir de l’empathie pour les salauds (qui visiblement méritent plus d’empathie que les personnes handicapées), et que l’occident est vu comme faible par le reste du monde et qu’on pourrait leur montrer de quel bois on se chauffe mais avec classe (assortiment classique du validisme avec le colonialisme et son virilisme raciste, plein bingo). Autant la médiatrice que les autres intervenants étaient dépassés.

La table ronde Psychophobia, dont on s’attend à ce qu’elle évoque la discrimination envers les personnes neuroatypiques, fols (terme auto-revendiqué par le militantisme contre le sanisme, la psychophobie), non pas à ce qu’elle ouvre sur l’évocation des tueurs en série, sans parler des aspects justement psychophobes de cette représentation ciblée (et encore moins de la transmisogynie de ces représentations). Heureusement, l’une des intervenantes a tant bien que mal remis les choses en ordre en rappelant les chiffres de violence envers les personnes neuroatypiques, et quelqu’un du public a rajouté des sources. Dire sur scène, sans trembler, que les actes criminels sont commis par des personnes « folles », c’est de la désinformation et c’est encore fragiliser nos existences, notamment dans l’espace public. Je m’estime heureux‧e d’avoir évité la table ronde intitulée Borderline

Pour un festival qui affiche son inclusivité, ces interventions qui tiennent du discours discriminant, voire de haine, ce n’est pas ouvrir le dialogue, c’est l’enfermer dans des débats stériles, inintéressants. Au lieu de contrer les préjugés des autres intervenants, celleux qui avaient des choses intéressantes à dire auraient pu les dire, faire entendre des discours peu prononcés, surtout sur ces sujets. Pourquoi est-ce à des gens, qui ne sont pas préparés à entendre leurs collègues balancer négligemment des choses affreuses, de les reprendre, pourquoi est-ce au public de devoir recentrer le débat ? Bref, c’était insultant, banal à pleurer, et chiant à souhait. Je pense qu’on mérite mieux que ça.

Nous ne sommes pas votre pâte à histoire larmoyante ou inspirante, nous ne sommes pas vos sujets, nous ne sommes pas votre twist facile, nous sommes nos propres histoires et vous ne les raconterez jamais aussi bien que nous. Cessez de croire que nous sommes trop marginalisés pour accéder à l’écriture, voire même parfois à la lecture. Cessez de croire que nous sommes trop marginalisés pour être la cible de votre livre et que nous n’en sommes que les sordides arguments de vente.

Les ateliers d’écriture et d’imagination

Heureusement, il y a aussi eu deux très chouettes initiatives, portées par les Agloméré‧e‧s et l’atelier de l’Antémonde. Déjà à plusieurs reprises en conférence, mais aussi par ces ateliers, ces collectifs ont amené tout un parti pris (que j’aime beaucoup) de dé-hiérarchiser le partage de connaissance, la prise de parole, étaler l’attention entre toustes et privilégier le collectif.

Sur deux jours, les deux collectifs ont chacun organisé un après-midi de création. Je n’ai finalement pas assisté au premier (atelier de l’Antémonde), d’abord parce que le format ne me convenait pas (dialogue fictif/roleplay improvisé avec des inconnus), mais aussi parce que ça touchait à des thèmes dans lesquels je n’étais pas sûr‧e d’avoir ma place (le handicap, les soins et les traitements hormonaux sont souvent oubliés dans les imaginaires révolutionnaires). Je n’avais pas la force de tester pour voir si oui ou non j’allais y avoir ma place (à la place je suis tombé‧e en embuscade dans Humain, plus qu’humain, meh), surtout que la pièce n’était pas adaptée à la foule présente (et donc au bruit). Mais les échos que j’ai eus du résultat étaient très positifs et je vous encourage à tester ces ateliers si vous en recroisez le chemin !

Le lendemain, les Agloméré‧e‧s proposaient un atelier d’écriture collective, notamment pour rappeler et mettre en valeur que l’écriture n’est que très rarement le fruit d’un travail individuel et solitaire. C’était une après-midi intéressante et agréable.

Petit point accessibilité

En dehors des points mentionnés, l’endroit était plutôt agréable, assez bien fait malgré quelques détours à faire pour emprunter les ascenseurs. Les bénévoles n’avaient pas forcément l’air très au fait de quoi faire des publics prioritaires mais dans l’ensemble ça s’est très bien passé pour nous. Il n’y avait pas toujours de file clairement balisée pour les personnes prioritaires, donc pas d’endroit explicite et clair où aller, et on se sent un peu le resquilleur de service à force, ou on galère à remonter la file qui prend tout le passage.
Un petit regret sur les emplacements dédiés aux fauteuils roulants dans les salles de conférence : souvent impossible de s’asseoir à côté de notre ami en fauteuil, et donc un isolement social désagréable. Quelques endroits calmes, des abords extérieurs agréables

Mon gros bémol, c’est le non port du masque, ni par les orgas, ni par les bénévoles, ni par le public. Dans un lieu clos, à l’atmosphère étouffante (et parfois volontairement enfumée !), j’étais trouvé que c’était une mesure irresponsable, surtout pour un événement qui se réclame de la science et de l’accessibilité. On le rappelle, le covid c’est aéroporté, loin d’être terminé, handicapant pendant parfois des années même quand on est pas à risques, et l’hiver amène son lot de joyeusetés supplémentaires. Se laver les mains c’est bien, mais ça protège pas du covid.

Un joyeux retour

Dernière anecdote du séjour, lors du retour en train, une autre voyageuse a été contrôlée sans titre de transport. Elle essayait d’expliquer un droit à la gratuité que la contrôleuse ne connaissait pas (et qui n’existe probablement pas actuellement), et la contrôleuse lui a mis une contravention. Jusqu’ici, rien de très anormal. Mais la contrôleuse a jugé pertinent de prévenir les pompiers et/ou la police sans demander l’avis de la voyageuse, car elle la trouvait désorientée dans ses propos.
Bonne occasion de rappeler qu’on n’appelle pas la police pour des personnes qui ont l’air « pas bien dans leur tête », surtout quand c’est une femme noire. Ce n’est en rien aider la personne, c’est lui faire courir des risques supplémentaires. Déjà on lui demande si elle a besoin d’aide.
Bref, quatre ou cinq policiers et pompiers sont montés dans le train à la gare suivante pour lui demander comment elle allait et si elle avait besoin d’aide, besoin de voir un médecin. La situation me mettant très mal à l’aise, j’ai préféré filmer en restant vigilant sur son évolution.

Et là, un des pompiers commence à me dire d’arrêter de filmer, que je n’ai pas le droit (c’est faux, je n’ai juste pas le droit de diffuser), avant de me demander pourquoi je filme. Je réponds que je n’ai pas confiance dans ce genre d’intervention des forces de l’ordre. Il hèle aussi son collègue policier, qui entre alors dans la conversation :
il a dit que je n’avais pas le droit de filmer,surtout pas dans un lieu privé (le wagon de la SNCF est un lieu public). Il a demandé ma carte d’identité, que je lui ai fournie, et il a prévenu que ce serait vérifié que je ne diffuse pas la vidéo. Il a aussi dit que mes propos de « ne pas faire confiance » pouvait être considéré comme outrage à agent, et qu’il pouvait me mettre en garde-à-vue.

Après leur descente, j’ai été discuter un peu avec la dame qui ne comprenait pas du tout cette intervention, avant de retourner à mes affaires de science-fiction et mon Bon à Tirer (éditorial).

Ce type d’article est une première pour moi, n’hésitez pas à venir en discuter avec moi ! 🙂

Pour les gens qui voudrait (re)lire ou découvrir le texte de Calvin Arium que j’ai lu à l’occasion de la conférence Humain, plus qu’humain (parce que c’était beaucoup plus dans le thème qu’une bonne partie de la conférence et plus respectueux), vous pouvez le découvrir ici : https://www.tumblr.com/calvin-arium/700129829061885952/written-the-04062021-you-are-already-a-cyborg

Pour continuer sur le sujet des violences policières, vous pouvez aussi jeter un oeil ici : https://www.zinzinzine.net/tag/violences%20policieres/

ActuSF met au fur et à mesure les conférences des Utopiales en ligne, merci à leurs équipes ! on peut profiter des conférences à distance ou de celles qu’on a ratées parce qu’on était dans une autre conf à ce moment là : https://www.actusf.com/detail-d-un-article/utopiales-2022-toutes-les-conf%C3%A9rences

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